J’arrive à Amsterdam par une matinée de décembre, froide et lumineuse. En sortant de la Gare Centrale, je dois plisser les yeux tant le soleil m’éblouit. Une rafale venue de l’Amstel me saisit aussitôt ; je relève le col de mon manteau et j’enfile mes gants. Mon itinéraire est simple : Prinsengracht d’abord, puis Herengracht, jusqu’à cette portion du canal qu’on appelle la Courbe d’Or. Je me faufile parmi les passants, mais, pour une fois, je ne les observe pas — toute mon attention est ailleurs.
Ce sont les maisons qui me captivent. Leur reflet glisse dans l’eau sombre du canal : façades étroites, formes étranges, pignons à degrés, lignes sobres découpées par les cadres des fenêtres. Je lève la tête. Derrière les vitres, j’entrevois des intérieurs à la fois familiers et mystérieux — une bibliothèque couvrant tout un mur, une lumière douce filtrée par un immense abat-jour.
Je traverse du regard l’autre rive.
Les maisons semblent danser, serrées les unes contre les autres. Elles m’apparaissent majestueuses, telles des bijoux finement ciselés, incrustés dans l’orgueil tranquille d’Amsterdam. Au-dessus des toits, terminés côté rue par leurs poulies, les nuages se teintent de safran et d’abricot. Et par vagues, me parviennent des parfums mêlés de feuilles humides, de sucre caramélisé et d’herbe fraîche.






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