L’image tremble légèrement au début. Une lumière trop chaude, quelques secondes de flou… puis l’image se stabilise.
On dirait un vieux film retrouvé dans un tiroir, quarante ans plus tard, parmi des photographies et des lettres oubliées.
Dans l’un des appartements aux allures de capsules temporelles, avec vue sur la Bibliothèque nationale.
Scène 1. Village Saint-Paul, dans le Marais
Extérieur. Cour pavée. Début d’après-midi.
La caméra hésite avant de nous trouver.
D’abord, le cri des mouettes.
« La Seine ne doit pas être loin. Viens, tu me dis en me prenant la main. On va la chercher. »
Puis apparaissent les pavés irréguliers sous la lumière oblique de l’après-midi. Une porte cochère entrouverte. Nous passons au travers sans savoir encore ce qu’il y a de l’autre côté. Nos regards sont attirés par les nichoirs et par quelques platanes.
Cour après cour, passage après passage, petit jardin après petit jardin, le village Saint-Paul se dévoile comme un secret que l’on nous confierait lentement. Ici, une façade. Là, une fenêtre entrouverte. Un vélo appuyé contre un mur. Un photographe range soigneusement ses tirages en noir et blanc. Un chat traverse le cadre sans se presser.
Nos mains se retrouvent. Je prends la tienne, tu serres mes doigts. Au fil des mois, ce geste est devenu si doux.
Nous nous arrêtons dans une petite cour.
Il y a quelques tables et le murmure des conversations autour de nous. Paris semble soudain très loin, alors que nous sommes au cœur de la ville.
Nous décidons de déjeuner ici. Rien de spectaculaire. Juste un repas à deux, dans cette lumière douce qui glisse entre les façades et qui me rappelle un peu Naples.
La caméra s’attarde sur nos mains autour des verres, sur les assiettes qui se vident lentement.
Après le repas, nous restons encore quelques minutes, simplement assis. Nous regardons passer les gens et ce couple d’Américains nous fait sourire.
Nous reprenons notre chemin, toujours main dans la main.
La caméra nous suit encore quelques secondes.
Nous disparaissons derrière une porte, puis réapparaissons dans une autre cour.
Le film tremble légèrement.
Sur les pavés chauds, nos deux ombres s’allongent et se rejoignent avant nous.
Scène 1. Clap de fin.





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