Carte postale de Paris. Les cafés du Marais

Nous sortons de l’hôtel Le Presbytère, main dans la main. Nous sommes immédiatement tombés amoureux de notre chambre, au deuxième étage, à laquelle on accède par un escalier en colimaçon, comme si, à chaque marche, nous montions un peu plus dans notre histoire.

Chaque matin, nous buvons notre café près de la fenêtre, avec vue sur la tour Saint-Jacques. Un peu hors du temps. Nos matins sont bleus, blancs, parfois colorés.

Ce matin-là, nous sortons de l’hôtel avec l’idée d’aller jusqu’au Passage de l’Ancre, sur la Rue Saint-Martin.

C’est un mois d’août brûlant à Paris. La ville baigne dans une lumière dorée et la chaleur monte des pavés comme une vapeur. Elle nous colle à la peau, s’enroule autour de nos corps comme un vêtement dont on ne peut pas se débarrasser.

Mais le Passage de l’Ancre est fermé au public. Nous restons quelques minutes devant une porte bleue, reconnaissable à sa poignée en fer forgé de style Art nouveau. Nous ne pouvons pas entrer.

Le Partisan

Nous découvrons Le Partisan presque par hasard. Comme souvent à Paris, quand nous cessons de chercher, nous trouvons quelque chose.

De grandes fenêtres ouvertes donnent sur la rue Saint-Martin. Nous nous installons à l’une des tables.

Je commande un cappuccino. Toi, un double espresso avec du lait. Tu prends des photos. Tu photographies mon cappuccino : le barista a dessiné un petit cœur avec le lait. Tu me regardes dans ma robe de soie dorée et tu me dis que je suis belle.

Il fait légèrement plus frais à l’intérieur. Les murs en briques apparentes et le décor un peu industriel contrastent avec la chaleur du dehors. Et, sans que nous sachions exactement pourquoi, Paris et le Marais nous vont bien.

Tranches de vie au Petit Versailles du Marais

La chaleur d’août est devenue presque immobile. Avant de partir pour Le Train Bleu, nous voulons encore boire un café.

Nous cherchons un peu d’ombre sous les platanes et les marronniers du Marais et nous découvrons, au 27, rue François-Miron, dans le Marais, Le Petit Versailles du Marais, une boulangerie-pâtisserie-confiserie et salon de thé à l’ancienne. Sa devanture attire immédiatement mon regard. Le nom surtout. Le Petit Versailles du Marais.

J’ai soudain l’impression d’être entrée dans un Paris des années 1920. Un Paris de cartes postales anciennes, de miroirs, de lustres et de vitrines chargées de pâtisseries. Un décor somptueux, légèrement Belle Époque, avec une petite touche Art nouveau.

Nous nous installons à une table, dehors. Nous ne resterons qu’une demi-heure. Mais pendant cette demi-heure, des morceaux de la vie du Marais passent devant nous.

Tu te souviens de ces vieilles cartes postales, légèrement dentelées sur les bords, sur lesquelles on pouvait découvrir quatre ou cinq petits instantanés d’une même ville ? C’est exactement comme cela que je me souviens de cet après-midi. Une succession de petites images.

Nous commandons des macarons, un cappuccino et un double espresso. Notre petite table devient multicolore. Et je pense que notre vie est un peu comme cela aussi : un univers de couleurs, de rencontres, de petits signes et de sentiments qui se superposent.

Le serveur ressemble à Joe Dassin, me dis-tu soudain. Tu sors ton téléphone et me montres une photo. Une chanson me revient en tête : À toi. Une dame passe avec ses chiens. Un grand et un tout petit, déjà vieux, qui avance avec difficulté. Le responsable de salle du restaurant d’en face, Le Bourguignon, vient récupérer sa commande de macarons.

Et puis nous commençons à voir des signes partout. Une vieille dame traverse la rue. Elle porte un sac sur lequel est écrit « La Guyane ». Juste en face, une boutique propose de l’huile d’olive et des produits venus de Grèce.

Nous finissons nos cafés et nous repartons avec une étrange impression d’avoir quitté le présent pendant une demi-heure. Comme si nous étions entrés dans une vieille pellicule parisienne, couleur sépia, et que quelqu’un venait tout juste d’appuyer sur « pause ».

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