Je regarde notre voyage au Portugal en faisant tourner un kaléidoscope. Je colle mon œil et je tourne doucement le kaléidoscope une fois. Mes souvenirs enfermés se déplacent à l’intérieur comme des petites perles. Le Portugal, comme une vieille dame généreuse, élégamment habillée, nous ouvre la porte de sa maison et nous accueille dans son monde. J’adore chaque instant. Les formes, les lumières, les couleurs, les parfums et les moments de bonheur simple.
Je tourne une deuxième fois. Nous deux sur la Praia de Baleal, face aux vagues géantes de l’Atlantique. Les surfeurs dessinent leurs trajectoires sur l’écume. Au-dessus de nous, le ciel a cette couleur bleu de Prusse qui semble n’exister qu’au bord de l’océan et que nous l’avons aussi vue à Faro.
Troisième fois. Nous deux dans les ruelles d’Óbidos, main dans la main. Le ciel a cette couleur bleu de France qui coule derrière les murailles médiévales comme une aquarelle dans laquelle on a mis trop d’eau. Le temps semble avoir ralenti. Les maisons blanches bordées de bougainvilliers, les pavés usés par les siècles, les remparts dominant la campagne… Je réalise que j’aime marcher à côté de toi dans ce décor de conte.
Je tourne très lentement mon kaleidoscope une quatrième fois. Nous deux encore à Praia da Adraga, devant l’immensité bleu pétrole de l’Atlantique. Je me souviens de cette lumière, du bruit des vagues, des maisons blanches perchées au-dessus des falaises comme des miniatures, de la beauté presque irréelle du paysage. L’océan est partout : dans nos regards, dans le vent, dans nos silences heureux.
Cinquième fois. Bleu turquin. Nous deux à Lisbonne.
Cette old lady nous a ouvert les portes de son univers. Ses collines, ses jardins, ses tramways jaunes grinçant dans les rues escarpées, ses façades baignées de soleil, ses restaurants et ses cafés …
Je tourne lentement le kaléidoscope, encore une fois. Bleu terracota et Ponto final, ce restaurant eu bord du Tage, le coucher du soleil au dessus de Lisbonne et du pont reliant les deux rives. Nos regards qui se cherchent, nos mains qui se retrouvent et nos je t’aime.
Je tourne le kaleidoscope une dernière fois. Bleu Mers du sud. La même image est reflétée plusieurs fois, comme pour rester gravée dans mes souvenirs. Nous deux au café Fable, ce bookshop que tu as déniché près de la Praça das Flores. Nous travaillons un peu dans le petit jardin et la lumière filtre à travers les palmiers. Capuccino, café latté et cinnamon rolls. Nous deux, seuls, ensembles, complices, amoureux. Tu aimes me regarder parler. Nous découvrons un parc, caché, connu seulement des habitués du quartier. Les platanes et les chênes étendent leur ombre bienveillante sur les bancs, comme pour protéger ce moment rien qu’à nous. Le monde continue autour de nous, mais il semble loin. Il n’y a plus que nos conversations, nos sourires, nos projets, et cette sensation merveilleuse d’être exactement là où nous devions être.
(Portugal, juin 2026)










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